[Article #7] Les aventures du Malbec

Par Gabrielle Vizzavona 

Le voyage du Malbec ; des terroirs du sud-ouest vers le désert argentin

Le 17 avril est la journée internationale du Malbec

Comme toutes les grandes destinées, l’itinéraire du malbec est sinueux. Le berceau du cépage se trouve dans l’ancienne province du Quercy, dans le sud-ouest de la France, centré sur la ville de Cahors. C’est là où il construit sa forte renommée, s’attirant les faveurs d’illustres figures historiques telles Aliénor d’Aquitaine et le roi Henri III, qui en parle comme du « vin noir », en référence à la couleur de sa robe opaque. Sur ces terres, on l’appelle « côt » et il doit représenter 70 % au moins de l’assemblage des vins de l’AOC Cahors. Il donne son nom à la famille des Cotoïdes ; cépages originaires du sud-ouest réputés pour leur richesse en matières colorantes et en polyphénols. L’arbre généalogique du malbec le désigne fils du prunelard et de la magdeleine noire des Charentes, demi-frère du merlot et cousin du tannat et de la négrette. S’il se propage à de nombreux vignobles, à l’image de celui de Bordeaux (jusqu’à dominer un temps les assemblages des côtes de Bourg et de Blaye), son heure de gloire s’étiole à partir 19e siècle, en faveur de variétés moins capricieuses face aux aléas climatiques. Bordeaux, qui cumulait 5000 hectares de malbec dans les années 60, en compte désormais moins de 1000. Le coup fatal lui est donné à l’arrivée du phylloxera à Cahors ; les 40 000 hectares de vignes de côt sont pulvérisés en quelques années. Bien démuni chez lui, une opportunité se présente à lui en 1840, au Chili, où il séjourne à l’école agricole dirigée par Michel Aimé Pouget. L’ingénieur agronome a lui aussi été contraint à l’exil suite au coup d’État de Napoléon III. Puis, en 1853, l’homme est missionné par le président argentin, Domingo Faustino Sarmiento, de créer l’école agricole de Mendoza, la « Quinta Normal de Agricultura », où il enracine une diversité de cépages français, parmi lesquels le malbec. L’adaptation exemplaire et rapide du cépage français au terroir argentin lui octroie d’emblée la place de favori. Il se répand dans tout le pays, des hauteurs de Salta à la Patagonie et domine les plantations dès le début du 20e siècle. Précoce et très sensible à l’humidité, il se satisfait de la sécheresse ambiante et du soleil d’Argentine. Il y trouve sa terre promise et poursuit sa véloce prolifération, jusqu’à atteindre 58 600 hectares en 1962, avant que le pays ne sombre dans la crise et qu’il ne soit à nouveau abandonné. Quand l’Argentine émerge, dans les années 90, il n’occupe plus que 10 500 hectares. Mais il se reprend vite. Les années 2000 marquent la confirmation de son statut par la croissance ininterrompue de ses exportations, grâce à la séduction immédiate qu’il effectue sur le monde depuis la réouverture commerciale du pays et sous l’impulsion d’investissements étrangers dynamisés par la dévaluation de la monnaie. Son succès repose sur son style charmeur : belle matière sombre, texture densément veloutée et soyeuse, structure tannique altière, saveurs de prune, de baies noires, d’épices et de violette. Il a plusieurs visages et selon son terroir et les techniques utilisées pour sa vinification, et peut être juteux et simple ou tout en construction, long, et montrer un potentiel de garde remarquable. Il couvre désormais 31 000 hectares, la région de Mendoza est son terrain de jeu favori et compte 85 % (26 600 hectares) des plantations argentines, suivie par San Juan et la Patagonie. Le cépage a désormais sa journée mondiale, fixée au 17 avril, date de la création, en 1853, de la Quinta Normal de Agricultura de Mendoza, qui a amorcé son aventure fortunée au sud.

 

 

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