INTERVIEW : Cyril Mondon

Par Gabrielle Vizzavona

Cyril Mondon, propriétaire d’un hypermarché E. Leclerc à Rouffiac — Tolosan,adhérent-chef de marché vin de la centrale nationale du Mouvement E.Leclerc ;

« les ventes de vin en BIB (Bag In Box) se sont renforcées de façon spectaculaire pendant et après le confinement »

 

Depuis, douze ans, Cyril Mondon est propriétaire d’un hypermarché E.Leclerc de 6000 mètres carrés (dont 400 dédiés au vin) proche de Toulouse. Passionné de vin, il a été initié par son père et a fait son premier stage en magasin dans le cadre de la foire aux vins. Son magasin est réputé pour sa large sélection de vins : plus de 1000 références, dont une bonne moitié de crus de la région. Il rejoint les équipes de sélection de l’offre nationale des foires aux vins du Mouvement E.Leclerc en 2009. Depuis 3 ans, il est chef de marché vin et effervescent, chapeautant 12 autres adhérents responsables du vin divisés en 3 équipes de négociations. 

 

Votre hypermarché est resté ouvert pendant toute la crise, comment se sont orientées vos ventes ?

 

Le marché du vin et de l’effervescent s’est écroulé pendant le confinement. Du 16 mars au 10 mai, nos ventes de vins tranquilles ont baissé de 7 %, et celles d’effervescents ont diminué de 40 %, pour une perte moyenne de vins en bouteille de moins 22 %. En revanche, nous avons survendu les BIB (Bag In Box) de façon spectaculaire. Sur la même période, leurs ventes ont progressé de 25 %. Chez certaines personnes, il y a eu une psychose qui a fait qu’au début du confinement, les gens ont voulu stocker des produits comme les pâtes, le riz, la farine, mais aussi le vin par le biais du format BIB.

 

Les ventes ont-elles repris rapidement après le déconfinement ?

 

Oui, et même si nous avons encore peu de recul, la semaine après le déconfinement, la catégorie des vins tranquilles en bouteille a augmenté de 22 % et les effervescents d’un plus timide 5 % pour une moyenne de plus 17 % de ventes de vins en bouteille. Même après le confinement, le BIB a continué à se renforcer avec une hausse de 34 % de cette catégorie.

 

Vous faites habituellement beaucoup déguster les vins dans votre magasin. Comment faire pour orienter le consommateur dans votre large offre alors que vous n’avez à l’heure actuelle plus cette possibilité ?

 

Effectivement, nous n’avons plus la possibilité de faire déguster le vin en magasin, ce que nous faisons beaucoup habituellement, avec deux dégustations par mois avec des vignerons et des vins à goûter en rayon avec les cavistes. Cela passe désormais uniquement par le conseil du caviste, et nous nous reposons aussi sur un concept que nous avons mis en place ; les macarons du goût, qui permettent à nos clients de cerner la personnalité d’un vin. Cela prend la forme d’un macaron avec un curseur qui indique les qualités organoleptiques du vin.

Nous catégorisons aussi les crus en fonction d’accords mets/vins ou des occasions de consommation. Cela permet de rythmer le rayon et de guider le consommateur vers un choix d’achat. Nous lui apportons ainsi des outils décisionnels indispensables face à un choix aussi vaste que le nôtre. Le consommateur peut être perdu et nous voulons éviter cela.

 

Les dégustations en boutique seront-elles permises à nouveau bientôt ?

 

On nous parle de nouvelles procédures à adopter, mais cela reste encore un peu flou. Nous espérons que ce sera bon pour septembre et pour les foires aux vins. Nous avons une très belle offre qui est mise en avant pendant trois semaines dans le cadre de la foire aux vins. Le vin devient le produit star du magasin. Nous contribuons à travers ces événements à faire connaitre le vin aux consommateurs. Nous théâtralisons et nous faisons beaucoup goûter. Ce serait dommage de ne pas pouvoir les mener cette opération normalement cette année. 

 

Cette période de crise a-t-elle malgré tout créé des opportunités d’achat ?

 

Si je devais trouver un point positif là-dessus, c’est que le millésime bordelais 2019 est beaucoup plus mesuré en termes de prix. Cette baisse de prix permettra sans doute de relancer l’activité des grands crus en grande distribution. Ceux-ci devenaient inaccessibles et atteignaient des limites. Cela va faire du bien de repartir sur des bases plus saines, on commençait à perdre la fonction première du vin ; être consommé et donner du plaisir.

 

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